Benozzo Gozzoli, peintre d’histoires

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Pour connaître Benozzo Gozzoli et goûter le charme des beaux restes de sa production, il faut se rendre en Italie profonde (val d’Elsa et Ombrie), car cet artiste du Quattrocento n’est pas un peintre de chevalet à la taille de nos musées, mais un fresquiste, amateur de grands formats, dont les œuvres, souvent «provinciales», ne sauraient quitter leur support d’origine.

Aussi est-il mal connu, bien que son visage ait traversé les siècles et que Stendhal lui ait réservé une place prestigieuse, juste derrière Masaccio, dans son Histoire de la peinture en Italie.

Natif de Florence, vers 1420, il est formé par l’orfèvre Ghiberti, qui n’a pas hésité à employer cet excellent dessinateur sur le chantier de la Porte du Paradis (les panneaux racontant les histoires de David et de Salomon portent en effet sa marque) ; puis il devient l’assistant de l’Angelico, qu’il suit au duomo d’Orvieto, à la chapelle nicoline et au couvent San Marco (où portraits expressifs en médaillon et reliefs si singulièrement pliés sont vraisemblablement de sa main.) Il s’émancipe dans les années 50 et donne alors libre cours à son génie narratif, plein de gaité, de fraîcheur, de vitalité et de virtuosité architecturale.

 Car Gozzoli est avant tout un conteur, plus soucieux de populariser les légendes chrétiennes que de représenter une quelconque spiritualité ; c’est avec bonhommie et minutie qu’il chante la vie sous toutes ses formes, sans jamais se complaire dans la représentation de souffrances ou de martyres.

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Le cycle franciscain (1450-52) :

Au milieu du Quattrocento, les moines franciscains le chargent de décorer à fresque l’abside de l’église de Montefalco. Il relève le redoutable défi de raconter la vie de François d’Assise après Giotto et conçoit douze panneaux dans lesquels le langage narratif du Trecento tutoie les innovations de la Renaissance.

Gozzoli et Giotto
Album : Gozzoli et Giotto

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En effet, Gozzoli ne recule pas devant l’imitation de scènes légendaires, formatées, pour ainsi dire, par son génial prédécesseur; alors il reprend l’hommage d’un homme simple, le don du manteau à un pauvre soldat, le rêve du palais, le renoncement à l’héritage, l’étayage de l’église chancelante, la présentation de la règle franciscaine au pape, la chasse aux démons, la rencontre avec le sultan, la célébration de Noël à Greccio, le sermon aux oiseaux, le dîner à Celano et le décès du soldat, les stigmates, sans oublier bien sûr les funérailles et l’ascension du saint.

 Mais tout en respectant l’archétype de la narration visuelle, Gozzoli fait preuve d’originalité  :

  • D’abord, il ne se contente pas comme Giotto de juxtaposer les épisodes emblématiques de la légende, mais il écrit l’hagiographie de François d’Assise dans un véritable roman illustré ; en effet, il unifie le récit et lui donne une épaisseur temporelle en coordonnant plusieurs épisodes sur un même panneau, et il n’oublie pas la dimension psychologique en insistant sur la gestuelle et la mimique des personnages, révélatrices de leurs sentiments. Le premier panneau est à ce titre exemplaire : à cheval sur l’extérieur et l’intérieur, il représente l’hommage de l’homme simple et le traditionnel refus de François d’entrer dans Assise comme Jésus était entré dans Jérusalem en marchant sur un drap. Mais il raconte aussi les circonstances de la naissance du saint: Jésus en personne, vêtu en pèlerin, annonce sur le perron de la maison que François naîtra lui aussi dans une étable; la mère, stupéfaite, est rapidement prise de douleurs; assistée par une femme, sous les yeux compatissants d’un âne et d’un bœuf, elle met au monde son enfant.
  • Ensuite, Benozzo Gozzoli s’attache à représenter des sentiments banalement humains : joie, tendresse, amour paternel, surprise, inquiétude, regret de la vie, incrédulité prennent le pas sur les grands élans mystiques. Il transforme le rejet de l’héritage en bouleversante scène de famille, où les jeux de regards plus que celui des mains disent la consternation et la tristesse d’un père, dépassé par l’irrationnel renoncement de son fils ; alors que Giotto insistait sur l’ardeur de la foi du jeune ascète (mains jointes, bras et regard levés vers le ciel élevaient son personnage au-dessus des contingences terrestres).
  • En outre, il peint la nature avec un évident bonheur et ses paysages, minutieusement détaillés, n’en sont pas moins poétisés. Sous son pinceau, en effet, la campagne devient jardin extraordinaire. Voyez plutôt la scène où saint François chasse les démons : à gauche de la ville d’Arezzo, minérale et fortifiée, s’étend une terre agricole soignée comme un parc, où les cailloux eux-mêmes sont régulièrement regroupés par trois et constituent une sorte de signature du peintre (nous les retrouvons en effet dans les fresques de la vie de saint Jérôme, toujours à Montefalco, et dans celles du cortège des Mages, au palais Medici-Riccardi.) Enfin, quand Benozzo Gozzoli élargit l’horizon et peint une vision panoramique, telle que dans le prêche aux oiseaux, on reconnait l’Ombrie, le bourg de Montefalco, la ville d’Arezzo, et pourtant en tombe sous le charme de sa fantaisie. Quant aux diverses espèces de volatiles, elles préfigurent son talent de peintre animalier, qui ne tardera pas à s’affirmer à Florence comme à Pise.

⇒ Les fresques de Montefalco soutiennent donc la comparaison avec celles d’Assise et l’on peut même dire qu’elles l’emportent par la composition : en effet, les panneaux de Giotto s’apparentent à des scènes de Mystère, qui se déploient devant des décors de théâtre frontaux, passablement artificiels, dont l’architecture est disproportionnée quand elle n’est pas improbable ; tandis que ceux de Benozzo Gozzoli sont animés comme des séquences filmiques, où profondeur temporelle et diversité scénique s’inscrivent dans un décor rural ou urbain, qui fait la part belle à la perspective, à la lumière et à la nouvelle architecture.

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Le cycle des rois Mages (1459-60) :

Son discours narratif et son art de coloriste atteignent un apogée avec la réalisation de la commande de Pierre le Goutteux : la décoration du tout petit oratoire privé du palais médicéen de Florence.

  •  Le peintre défie l’étroitesse du lieu, opte pour un récit in medias res (au milieu de l’histoire) et déploie un art de la mise en scène pour représenter trois cortèges, où Mages et Médicis se confondent; il témoigne ainsi de leur puissance politique et rappelle qu’ils voulaient une alliance des églises grecque et romaine pour vaincre les Musulmans, occupant Constantinople depuis peu, 1453) : ainsi Gaspard, Melchior et Balthazar apparaissent sous les traits idéalisés de Côme, Laurent et Jean Paléologue et sous couvert d’illustrer l’Évangile, Gozzoli peint une page d’Histoire, où l’on reconnaît le jeune Julien, les trois sœurs de Laurent, le condottière Sigismond Malatesta et l’artiste soi-même, qui signe d’un «opus Benotii» cette œuvre majeure.

 

  •  Elle est essentielle, en effet, pour saisir son génie fait d’une heureuse adaptation de l’art de la miniature à la fresque : car telle est la prouesse ! la richesse des matériaux (lapis-lazuli, or, malachite) et la minutie des détails, (vêtements, harnachements, plumages, buissons de roses et scènes de chasse), sont propres à la miniature, mais elles sont au service d’une narration qui embarque le spectateur dans un voyage sans commencement ni fin, à travers un pays enchanté mais aussi très accidenté, où arêtes et crevasses font redouter un faux pas et ne ménagent pas sa sensibilité…

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Ainsi, Benozzo Gozzoli est un peintre d’histoires bien plus qu’un simple décorateur et l’on est au regret de ne plus pouvoir le vérifier à Pise, où son Triomphe de la vie faisait face au Triomphe de la mort de l’Orcagna ; les bombardements de 1944 et les incendies qui s’en suivirent ont malheureusement ruiné son histoire de l’Ancien Testament, qui occupa les quinze dernières années de sa vie (1468-85). Toutefois les vestiges de l’Ivresse de Noé concentrent encore toutes les caractéristiques de son art : des coloris vifs, une maitrise de la perspective et du raccourcis, un goût prononcé pour l’anecdote, la représentation de la nature et des sentiments humains. 

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VOUS POUVEZ VOIR LE FILM ICI :

http://www.dailymotion.com/video/x1vfzlw

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2 Réponses à “Benozzo Gozzoli, peintre d’histoires”

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