Le mythe d’Esther (édition bilingue français-anglais)

Comme un cadeau de naissance à Esther M***…

(Lausanne, le 30/06/2012)

rembrandt esther détail

Le nom d’Esther, pseudonyme babylonien d’Hadassa, rayonne depuis l’Antiquité persane car il est inséparable d’un message d’espoir : le courage prime le sexe et le cœur prime la race.

Voilà pourquoi le livre éponyme a été une source de réconfort chaque fois que les Juifs ont été persécutés; largement diffusé au Moyen-Âge et sous le Nazisme, il est logiquement honni de tous les antisémites, au premier rang desquels Luther et Hitler.

Il raconte l’histoire, réelle ou fictive, d’une orpheline juive, née à Suse, terre de déportation depuis la destruction du Temple par Nabuchodonosor ; devenue reine des Perses, sans révéler son origine étrangère, elle est informée d’un décret génocidaire, édicté par Haman, courtisan, favori et grand chambellan du roi Assuérus; au cours d’un festin, elle perd connaissance avant de dévoiler son identité, d’accuser son ennemi et d’obtenir la révocation de l’édit et la Liberté pour les Juifs de l’empire perse.

Cette histoire a inspiré les peintres : du Quattrocento au XX° siècle, les représentations abondent et notamment aux âges baroque et classique, où peinture d’Histoire et sens dramatique sont exaltés. Nombre d’entre eux privilégient la représentation du couronnement, du banquet ou de l’évanouissement d’Esther au détriment de son courage, sans doute moins spectaculaire !

Mais, loin de toute grandiloquence et de tout mélodrame, ce sont ces rares portraits qui retiendront notre attention car ils révèlent l’essence du personnage, fière, sure d’elle-même et autonome.

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Ces traits distinctifs sont particulièrement sensibles dans la fresque d’Andrea del Castagno, malheureusement réduite en dessus-de-porte, avant d’être conservée aux Offices.

"fresque réduite en dessus de porte"

Elle faisait originellement partie de la série des Hommes et femmes illustres, peinte pour décorer la loggia de la villa Carducci, à Florence.

À mi-chemin entre peinture et sculpture, Andrea représente la Liberté en majesté. Visage grave, déterminé, et posture monumentale rappellent la grandeur des personnages de Masaccio; quant au dessin vigoureux, aux contours très appuyés, il imprime à la reine une monumentalité digne de Donatello.

Cette Esther du Quattrocento s’impose en Fondatrice de la diaspora. Elle incarne la dignité du Juif exilé au même titre que l’Humanisme sévère de Florence.

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 L’Esther de Rembrandt est plus irradiante que triomphante ; elle apparait dans la scène du banquet, ténébriste à souhait, dont l’économie de moyens (trois convives autour de rares ustensiles) le dispute à la richesse des matériaux (glacis rouge-brun et ors).

Rembrandt Ahasuerus,Haman et Esther

Son attitude, buste légèrement incliné en avant et yeux baissés, semble mimer la soumission au roi, voulue par la Loi persane; mais l’éblouissante lumière qui émane d’elle atteste qu’elle est maîtresse de la situation ; elle a imaginé une invitation piège au cours de laquelle Assuérus devra se déjuger en abrogeant le décret antisémite d’Haman et en condamnant ce dernier à la potence.

Aux yeux du maître flamand, Esther symbolise donc autant la ruse, instrument de pouvoir féminin, que le Juif assimilé, à l’instar de la communauté marrane d’Amsterdam, dont les membres sont citoyens à part entière, avant tous les autres Juifs errants d’Europe.


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 Chagall, naïf et voyant comme un enfant ou comme un poète, donne une interprétation très personnelle et très juste d’Esther : il en fait une sorte géante, aux traits délibérément simplifiés, la femme la plus puissante du monde, capable de surmonter les conflits culturels et religieux; en effet, tout en revendiquant son identité juive, Esther tient un discours universel de tolérance et d’égalité des Droits pour tous. Elle est plus active que le rabbin lui-même, qui expose au premier plan sa sidération.

Chagall Esther

 Cette lithographie, rehaussée de gouache, date de 1960 et prolonge la commande d’illustrer la Bible, que le marchand d’art Ambroise Vollard passa au peintre dans les années 30.

Mais elle prend une signification toute particulière après la Shoah, elle rediffuse le message originel du Livre d’Esther : Espoir et Fraternité pour tous les Hommes de Paix; elle ré-enchante le monde, dévasté par la Seconde Guerre Mondiale, et tente de réconcilier les religions :  ainsi le village à l’arrière-plan évoque moins le shtetl des origines que des maisons groupées autour d’un campanile.

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Ces trois icônes invitent à célébrer Esther, comme une héroïne œcuménique, reine et sainte, brillante et cachée.

VOUS POUVEZ VOIR LE FILM ICI :

 

Esther’s name, Adassa’s babylonian pseudonyme, radiates from the ancient Persian  because it is inseparable from a message of hope : courage precedes sex and core precedes race.

That why the eponymous book was a source of comfort whenever Jews were persecuted ; 

widely diffused in the Middle Ages and under Nazism; it is logically despised by all antisemitics, first and foremost Luther and Hitler. 

This book tells the story, true or imagined, of un orphan Jewish, born in Suse, déportation land since the destruction of the Temple by Nabucco;  she became queen of Persia without revealing her foreign origine; she is informed of a genocidary decree, enacted by Haman, Assuerus king’s courtier, favourite and great chamberlain ; during a feast, she lost consciousness before revealing her identity,  accusing her enemy and obtaining the revocation of the decree  and freedom for the Jews of the empire. 

This story inspired painters from Quattrocento up to 20th century : 

representations are numerous, includind the baroque and classical periods,

where the painting of History and the dramatic sensitivity was exploding. 

Many of these painters prefer the representation of her crowning,

of feast or of Esther’s fainding to the detriment of her courage,

undoubtedly less spectacular. But far from any grandiloquence

and far from any melodramatics, we retain these rare portraits of courageous woman

because they reveal Esther’s personality: proud, sure of herself and autonomous. 

 

  • These character traits are especially visible on the fresco of Andrea del Castagno, 

unfortunately reduced in overdoor before being preserved at the Uffici (in Firenze); 

originally, it belonged to the series of « famous men and women » who decorated the loggia

of villa Carducci in Firenze.

Halfway between painting and sculpture, Andréa represents freedom in majesty, serious face, 

given air and monumental posture make think of the nobility of the characters of Masaccio 

as for vigorous drawing with emphasized contours it gives the queen a stature worthy of Donatello

This Esther of the Quattrocento is the founder of the diaspora, 

she incarnates the dignity of the exiled Jew and also the « severe » Humanism of Florence.

 

  • The Esther of Rembrandt is more radiant than triumphant ; 

she appears in the scene of the banquet, 

all into clearly-obscure, of which sobriety (three guests around rare utensils) 

competes with the richness of materials (red-brown glaze and gold).

Her posture, slightly forward leaning buts and lowered eyes,seem to mime the tender with the king,

wanted by the law Persian; but the dazzling light which emanates from Esther shows that she controls the situation : 

she imagined a trap, an invitation during which Assuerus will owe déjuger by breaking the Aman’s decree

and by condemning him to death.

For the Flemish Master, Esther thus symbolizes the trick, instrument of female power, 

and also the integrated Jew, like the Marrane community of Amsterdam, from which all 

the members are full citizens contrary to the wandering Jews of Europe. 

 

  • Chagall, naive and seeing like a child or like a poet, 

gives a very personal interpretation of Esther :

he sees her like a giantess with a simplified face ; 

the most powerful woman of the world, able to overcome religious conflicts. 

Indeed, while asserting her Jewish identity, Esther speaks a universal language :

Tolerance and Equality for all; she is more effective than the struck rabbi. 

This lithography, with gouache, was made in 1960 ; 

it prolongs the commission by Ambroise Vollard to illustrate the Bible,

which goes back to the Thirties; but it takes another significance after the Shoah : 

it once again circulates the message of the Book of Esther : 

hope and fraternity for all the those who are pacifists.

It gives again crowned in a world, devastated by the Second World War, 

and it tries to reconcile the Religions. Thus, the village at the background, 

resembles less to the shtetl of the origine than to houses grouped around a church.  

These three images celebrate Esther like an oecumenical heroin,  queen and holy, brilliant and hidden.

 

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