Mémoires d’une étrangère (ISBN 978-2-87683-591-7) par Anne Steinberg

AUTOBIOGRAPHIE 

EXTRAITS

 

  • Contre ma mère, un tantinet marieuse, qui me prédisait un avenir  « comme tout le monde, avec mari et enfants », je choisis un amant, marié et de vingt ans mon aîné : un universitaire, cultivé et spirituel, qui avait déjà soutenu une thèse de géographie économique. L’équation sentimentale, fondée sur un petit-cul-en-pomme-à-croquer, fut juste puisqu’aujourd’hui encore il est toujours « le cher et tendre » et que nous sommes fiers des enfants que nous n’avons pas faits! Pauvre mère! Avec ses choix dictés par la convenance plus que par la personnalité des amants, elle ne connut que des échecs si je m’en tiens aux découvertes posthumes de ses mariages et divorces. (P.16)

 

  • L’autre secret de notre longévité réside dans le bannissement de l’attirail grammatical de la possession et la mise sous muselière de la jalousie. Exercices relativement faciles si l’on a le culte des fidélités multiples et que l’on s’efforce de dompter les passions ravageuses ; or la jalousie est à mes yeux la plus dévastatrice qui soit, puisqu’elle détruit et son sujet et son objet. Pour mener ce combat, il convient d’admettre que la culture litté- raire est précieuse : elle enseigne que mieux vaut la comédie libertine où l’intelligence triomphe des passions plutôt que la tragédie où les passions pures triomphent de l’humain. Partant, de 1982 à 2002, j’eus une amitié érotique, torride parce qu’intermittente, avec un enfant de volupté dont je n’attendais que du plaisir car « l’amour nuit aux transports de la jouissance plutôt qu’il n’y sert. » Transparence mais discrétion sont les conditions sine qua non pour qu’une telle liaison, où il n’est question que de foutre, ne soit pas dangereuse pour les amants de cœur. Bernard en connut donc l’existence (question d’honnêteté) mais n’eut aucune confidence, de même qu’il s’est toujours élégamment interdit de parler de sa sexualité sans moi, passée ou présente. Et qu’on ne voit pas là un vulgaire modus vivendi mais bien davantage une pensée du corps, libre de jouir en dehors des cadres fixés par la morale occidentale; une saine pensée de la sexualité, facilitée par l’absence de contamination reli- gieuse de quelque nature que ce soit. En effet, je ne suis l’esclave d’aucun baptême. Grâce en soit rendue à mes géniteurs, irréprochables sur ce point ! (P.17-18)
  • Paris, donc. Capitale intellectuelle que je n’avais pu rejoindre après l’écrit du concours d’entrée à Normale Sup’, le voyage étant hors de portée de mon budget d’étudiante, non-boursière et maîtresse d’internat. J’y débarquerai en 1982, en jeune femme n’ayant d’autre ambition que sa liberté. Et ce fut fait. À Paris, j’apprendrai à dire « non » et « moi d’abord » – deux sésames qui confortent le libre arbitre – ; j’oserai être pleinement moi-même : libre, libertine, libertaire. Libertine en osant le plaisir pur et en allant jusqu’au bout de la sensualité grâce à un idolâtre du sexe, doué, ludique et créatif. Libertaire en me permettant de ruer dans les brancards de la hiérarchie, en vomissant la sa- cro-sainte valeur travail, à laquelle je préfère l’otium des Latins, et en clamant haut et fort qu’on perd sa vie à vouloir la gagner. Avec une prescience des lendemains qui déchantent, à dix-neuf ans, j’avais déjà essayé de refuser de m’acquitter des cotisations à la retraite complémentaire; en vain, je fus rattrapée par le comptable de l’établissement. Mais aujourd’hui, alors que la vie des travailleurs a des allures de marathon sans fin, je suis satisfaite d’avoir épargné, à ma façon et sans contrainte, un capital pour assurer un avenir, dont le terme ne dépendra que de moi ou du hasard. Ni de la Nature, ni de la Médecine. Le jour où je sentirai que c’est assez d’être, je tirerai ma révérence sur la pointe des pieds… On l’aura compris, Paris m’a permis de faire primer l’aventure personnelle sur les vaniteuses conquêtes socio-professionnelles, d’épanouir une riche nature, cérébrale et sexuelle, manuelle et intellectuelle, scientifique et littéraire; d’appartenir pleinement à ma race, celle des hyperconscients, qui ne perdent jamais de vue ni l’absurdité de l’humaine condition ni les cruels aléas de l’Histoire et qui méprisent l’argent. (p.36-37)

 

  • Vieillir, quand le désir est encore là, c’est continuer de vivre et vivre c’est agir pour se réinventer ; c’est refuser de devenir un naufragé du quotidien.(p.45)

 

  • Ces quatorze dernières années, sous l’influence délétère d’aînés entrés en retraite, je m’étais prématurément retirée du tourbillon de la vie. Renonçant à la séduction comme à la sexualité, j’avais abandonné ma légendaire élégance qui, faute de vie sociale très nourrie, me faisait exister dans le regard des autres ; j’avais cessé de croire que l’aventure peut s’immiscer dans le quotidien et le pimenter à merveille ; je m’étais empêchée de mourir en laissant aux habitudes une place prépondérante.

    Pour réveiller la femme vivante, charnelle, désirable, il a fallu les attentats de Paris (janvier et novembre 2015) – vécus comme un électrochoc – ainsi qu’un scandaleux refus de l’Éducation nationale, qui ne voulut pas de mon plan de lutte contre l’islamofascisme : à la question que tous les Français se posèrent –     « Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? » – je proposai d’initier les futurs citoyens, dès le primaire, à la philosophie et à son cortège de doutes, de tolérance, d’écoute d’opinions diverses et variées. L’Inspection générale n’y avait pas songé ! Quant aux « quasi seniors », ils n’étaient pas les bienvenus !

    Alors, pour fracasser le mur du temps et redonner une chance à la vie, il a suffi d’un culot monumental et d’une phénoménale énergie, puisée dans le soleil et le luxe d’une villégiature estivale. Une énergie telle qu’elle m’a fait croire à la guérison et entreprendre le sevrage des thymorégulateurs. Après quatorze ans de silence, j’ai écrit la lettre la plus audacieuse de ma vie, invitant le plus érotique de mes ex à renouer le dialogue des corps !

    — Mon bel amant de naguère,

    Si, comme moi, vous conservez un souvenir ému de notre amitié érotique et si le foutre fait encore partie de vos plaisirs favoris, reprenez contact par sexto au… (p.49-50)

    L’INTÉGRALE

 

 

PARUE LE 28 SEPTEMBRE 2017

ÉDITION PAPIER

ET

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