Dustan Superstar, par Raffaël Enault

  • Boîte: 324 pages
  • Editeur : Robert Laffont (22 février 2018)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2221193377
  • ISBN-13: 978-2221193372

FICHE DE LECTURE

Dustan Superstar, par Raffaël Enault dans littérature 514434iF9UL._SX312_BO1,204,203,200_ 

« ma mère ne voulait pas que je sois moi. »

 

Biographie incontestablement documentée mais subjective comme en attestent

  • le titre et sa justification dans l’Avant-propos : « Dustan Superstar. Simple, précis et contestable. »
  • l’envoi : « À moi-même. »
  • l’intrication des pages du Journal de Raffaël Enault à la vie de Guillaume Dustan, « comme si nos personnages étaient devenus indissociables. »

Partant de cette identification entre l’auteur et son modèle et du fantasme d’avoir Dustan pour père, Raffaël E. se pose en fils de cœur, submergé par des émotions (« William est mort et je suis triste » ; « il m’inspirait confiance. C’était instinctif » ; « il m’agaçait, c’est le revers d’aimer que d’agacer. ») 

Ainsi, de l’aveu-même de l’auteur – aveu immature s’il en est ! – l’enquête sur son Pygmalion est menée dans un but affectif : « qu’on puisse l’aimer ou le détester puis qu’on puisse m’aimer ou me détester par extension. »

Ce but-la au moins est atteint : Dustan Superstar retrace le parcours d’un être attachant, très attachant, hypersensible, fin et intelligent mais peu doué pour le bonheur ; l’une des clés de son tragique se trouve dans la lettre aux abois, qu’il envoie au Centre National du Livre, en mars 1997 : « J’ai longtemps cherché à faire plaisir. À ce qu’on soit content de moi. J’ai été bien sage. J’ai étudié. C’était intéressant. De toutes façons, si j’avais fait ce que je voulais, il me serait arrivé des choses terribles. » 

Ces « choses » finissent par arriver car, en Janus autodestructeur, Guillaume s’est perdu à force de déchainer toutes les frustrations de William pour vaincre son tempérament dépressif : séropositivité, semi échec littéraire et éditorial, carrière administrative brisée, dèche, ruptures familiales et sentimentales, sexualité triste, provocations intellectuelles dont il se lasse lui-même, tendance à la paranoïa, solitude grandissante, dépression chronique et pulsions suicidaires. Passage à l’acte à 39 ans.

Superloser plutôt que superstar, Guillaume Dustan livre dans son dernier entretien radiophonique l’autre clé de sa perdition : « j’avais pas compris le monde et puis après j’en ai rien eu à foutre une fois que je l’ai compris. »

Doublement victime de son éducation et de son instruction, de ses géniteurs et de ses maîtres, il s’est dédoublé sans parvenir à réconcilier ses deux faces antinomiques si ce n’est antagonistes, sans conquérir la Liberté d’être soi-même.

La leçon de cette vie est terrible : l’intelligence peut être vaincue par les névroses… Elle laisse un goût amer, le sentiment d’un immense gâchis.

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